Temps de lecture de l’article complet : 9 min
Si la qualité de l’air s’est globalement améliorée en France au cours des dernières décennies, elle reste un enjeu important de santé publique. Pour poursuivre cette dynamique et mieux protéger la santé des populations, les politiques publiques ont un rôle essentiel à jouer. En appui à ces politiques, les connaissances scientifiques progressent : de nouveaux indicateurs, comme le carbone suie, les particules ultrafines ou le potentiel oxydant des particules, permettent de mieux comprendre notre exposition à la pollution de l’air et ses effets sur la santé. Les scientifiques s’intéressent également de plus près à certaines sources de pollution, comme le chauffage domestique au bois, les incendies de végétation ou les brumes de sable. À l’occasion de la Journée nationale de la qualité de l’air, Marion Keirsbulck, cheffe de l’unité d’évaluation des risques liés à l’air, Matteo Redaelli et Claire Dulong, coordinateurs d’expertises au sein de cette même unité, font le point sur les progrès réalisés, les nouvelles connaissances scientifiques et les défis à relever pour mieux protéger notre santé.
La qualité de l’air s’est-elle améliorée en France ? Avec quels bénéfices pour notre santé ?
Marion Keirsbulck : Oui, la qualité de l’air s’est globalement améliorée depuis les années 1990. Les politiques publiques mises en place pour réduire les émissions ont notamment permis de diminuer les concentrations de plusieurs polluants dans l’air extérieur, comme le dioxyde d’azote et les particules fines. Dans l’air intérieur, des baisses de concentration de certains polluants dans les logements français, comme le formaldéhyde, ont également été observées.
Cette amélioration s’est accompagnée de bénéfices importants pour la santé. Selon les estimations disponibles, pour l’air intérieur, la diminution de l’exposition à différents polluants aurait permis d’éviter plusieurs dizaines à centaines de milliers de malades chaque année.
Mais cette tendance positive ne signifie pas que le problème est réglé. Des bénéfices supplémentaires pourraient être obtenus en poursuivant la réduction de l’exposition. Pour l’air extérieur, Santé publique France estime que plusieurs dizaines de milliers de cas de maladies pourraient être évités en réduisant encore les niveaux des particules fines et de dioxyde d’azote.
Les niveaux de certains polluants restent préoccupants au regard des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Et pour certains d’entre eux, comme l’ozone, les concentrations moyennes ne diminuent pas.
Les polluants auxquels nous sommes exposés évoluent-ils ? Quels sont aujourd’hui les polluants qui suscitent le plus de préoccupations chez les scientifiques ?
Marion Keirsbulck : De nouvelles préoccupations émergent depuis quelques années, notamment autour des particules ultrafines (PUF). Leur très petite taille leur permet de pénétrer profondément dans l’appareil respiratoire et de passer dans la circulation sanguine. Elles peuvent ainsi avoir des effets neurologiques, au-delà des effets respiratoires et cardiovasculaires déjà connus.
Matteo Redaelli : En plus des PUF, les scientifiques s’intéressent à d’autres indicateurs de pollution, comme le potentiel oxydant ou le carbone suie. Ces indicateurs permettent de mieux caractériser la pollution de l’air et ses effets potentiels sur la santé. Le développement d’outils de mesure plus performants et l’harmonisation des méthodes de mesure permettent aujourd’hui de recueillir de nouvelles données, comme recommandé par l’Anses et l’OMS.
En France, les données sur la qualité de l’air extérieur sont mises à disposition par le Laboratoire central de surveillance de la qualité de l’air (LCSQA) sur la plateforme Geod’air. Cette plateforme rend à présent accessible les données pour les PUF.
L’analyse par l’Anses des données de santé liées au carbone suie et aux particules ultrafines a permis d’élaborer des valeurs toxicologiques de référence nécessaires à l’évaluation des risques sanitaires.
En complément des approches par polluant, il est important de raisonner en termes de sources d’émission pour agir efficacement sur la qualité de l’air. Les particules fines, par exemple, proviennent de sources multiples anthropiques et naturelles. Réduire l’exposition nécessite donc d’agir sur l’ensemble des sources que l’on peut maîtriser, comme par exemple le trafic routier, le chauffage au bois, les industries, l’agriculture, le brûlage de végétaux, le transport maritime et les sources aéroportuaires.
SOURCE : ANSES.FR
Qualité de l’air : quels défis pour demain ? | ANSES.FR